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"Es ist überfällig, die EU von der Lethargie zu befreien"

Gastbeitrag von Sylvie Goulard und Wolfgang Ischinger

In einem Gastbeitrag in “Le Monde” und der FAZ plädieren Sylvie Goulard und Wolfgang Ischinger für ein „Kerneuropa“, eine Pioniergruppe von Staaten, die die Integration vorantreiben. Unten finden Sie die französische Fassung dieses Beitrags.

Le projet européen est aujourd’hui confronté à des risques majeurs : la menace hybride et militaire de la Russie, le déferlement économique venu de Chine, ainsi que l’éloignement stratégique et culturel des Etats-Unis vis-à-vis de l’Union européenne (UE), dont les conséquences sont difficiles à prévoir. Ces défis amplifient des faiblesses déjà existantes : sans processus de décision efficaces en matière de sécurité et de politique étrangère, nous nous affaiblissons nous-mêmes. Sans capacités de défense autonomes, ni infrastructures financières critiques propres, même le marché unique n’est plus un atout décisif.

Une Union « inachevée » offre aux pays tiers l’occasion de nous diviser et de nous faire chanter, comme l’ont montré les négociations commerciales avec les Etats-Unis au cours de l’été. Un mélange de surréglementation à Bruxelles et de nationalisme étriqué dans les Etats membres a freiné la croissance économique et technologique de l’UE. Nous avons manqué d’ambition et d’une véritable vision ; des éléments pourtant indispensables pour façonner notre avenir.

La question de savoir comment l’Europe peut désormais s’affirmer devient existentielle. Dans son discours devant le Bundestag le 14 mai, le chancelier Friedrich Merz a déclaré : « L’Allemagne prendra des initiatives pour raviver l’idée européenne de liberté et de paix, afin que l’Europe soit à la hauteur de ses aspirations et de son rôle dans le monde. » Il a ensuite cité Helmut Kohl (1930-2017) dans un discours de 1996 : « Nous ne devons jamais perdre de vue qu’en Europe, nous sommes avant tout une communauté de valeurs et de culture. » Cette phrase est une forme de réponse à la mise en garde de la stratégie de sécurité nationale américaine. L’Europe est un destin partagé. Nous devons préserver notre foi dans l’esprit de l’intégration européenne, dans l’héritage historique de l’après-guerre et ses valeurs, afin de rester fidèles à nous-mêmes.

Le président français, Emmanuel Macron, quant à lui, n’a cessé depuis son premier discours à l’université Humboldt de Berlin, en janvier 2017, puis dans son célèbre appel de la Sorbonne , une fois élu, d’appeler à conduire l’Union européenne vers une plus grande autonomie stratégique, afin de mieux assurer notre protection. Cette convergence de vues entre M. Merz et M. Macron représente une immense opportunité, un instant historique. On est tenté de dire : si ce n’est pas maintenant, quand l’Europe fera-t-elle le pas décisif pour protéger son existence et garantir son avenir ?

Sylvie Goulard
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Sylvie Goulard

Sylvie Goulard ist Präsidentin des dfi. Sie war Mitglied des Europäischen Parlaments und französische Verteidigungsministerin. Sie ist Mitglied des Stiftungsrates der Münchner Sicherheitskonferenz.

Abandonner l’exigence d’unanimité

Deux propositions concrètes viennent à l’esprit. Premièrement, une initiative est attendue depuis longtemps pour libérer la politique étrangère de l’UE de sa léthargie, en abandonnant l’exigence d’unanimité et le carcan des vues nationales étroites. Si les Vingt-Sept ne s’accordent pas tous sur la nécessité d’agir, une proposition vieille de trente ans mérite d’être revisitée : l’idée d’un « noyau dur européen » développée par Wolfgang Schäuble et Karl Lamers en 1994 – un groupe pionnier qui ferait avancer l’intégration. Un tel groupe pourrait, en 2026, démontrer qu’il est possible de parler d’une seule voix. Ce serait non seulement un signal fort envers Washington, mais aussi le message adéquat envers Moscou et Pékin. Cette avant-garde pourrait également promouvoir une coopération plus intense dans le domaine technologique, en réunissant talents et expertises par-delà les frontières.

La seconde proposition concerne l’Europe entière, au-delà de l’UE, qui doit être désormais prête à se défendre. Un tel dispositif doit inclure le Royaume-Uni, ainsi que d’autres partenaires de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et de l’UE disposés à participer à une « coalition de volontaires », en s’en donnant les moyens. Il ne nécessiterait pas d’institutionnalisation, mais pourrait évoluer vers un groupe de contact stable sur l’Ukraine, avec pour mission stratégique de favoriser la consolidation du marché européen de la défense.

Il est grand temps de transformer le patchwork inefficace des 27 Etats membres de l’UE et des autres membres européens de l’OTAN en un marché de la défense vaste et compétitif à l’échelle mondiale, dont les retombées en matière de recherche seront décisives pour rester dans la course technologique. La difficulté de la tâche a été illustrée ces dernières années par le projet franco-allemand d’avion de combat SCAF (système de combat aérien du futur). Le modèle Airbus montre toutefois que c’est possible, lorsque la volonté politique est forte.

Face à certaines inquiétudes concernant le poids croissant de l’Allemagne dans une industrie européenne de défense en plein essor, nous voudrions rappeler l’appel de Thomas Mann à bâtir « une Allemagne européenne plutôt qu’une Europe allemande » : l’objectif demeure une Europe unie, capable de se défendre, avec une intégration militaire et politique toujours plus poussée, et un marché de la défense autonome et compétitif.

Il est temps d’agir, vite et résolument. Ce serait un sursaut pour l’Europe et un avertissement clair adressé aux adversaires de l’idée d’intégration européenne. Nous avons déjà connu « l’Europe des nations » que certains cherchent à nous vendre. Elle nous a apporté guerres et destructions, Verdun et Auschwitz. Plus jamais.

 

Kontakt: Sylvie Goulard, info@remove-this.dfi.de

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