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La France après les élections - et avant la formation d'un gouvernement

Commentaires d'autres thinks tanks

La France après les élections - et avant la formation d'un gouvernement

Afin de mettre en perspective le résultat des élections, nous avons résumé et mis en lien sur cette page les analyses proposées par d'autres think tanks ou de leurs représentants du résultat des élections et les prochaines étapes. Ces analyses méritent selon nous d'être lues et proposent des pistes de réflexion.

Pour plus d'informations, consultez notre dossier Élections législatives 2024 - Partis, programmes, perspectives et le résumé de toutes les interventions du dfi dans les médias disponibles en libre-accès sur les nouvelles élections.

"La France va découvrir les gouvernements expédiant les affaires courantes"

Pour une brève analyse des résultats des élections, le Centre de recherches politiques de Sciences Po a demandé à d'éminents politistes de présenter les nouvelles tendances de la vie politique du pays.

Selon Jérôme Jaffré, Bruno Cautrès et Luc Rouban, le nouveau scrutin n'a pas permis de dégager la majorité claire espérée par le président Macron, mais a au contraire renforcé la division du Parlement et du paysage politique en trois camps de taille similaire (Nouveau Front Populaire, Centre, Rassemblement national).

Selon Anne Muxel, le fait que le centre et l'alliance de gauche se soient soutenus mutuellement dans de nombreuses circonscriptions lors du second tour afin d'empêcher l'élection de députés RN a également contribué à cette situation. Dans le cas contraire, le RN aurait probablement pu constituer le plus grand groupe parlementaire à l'Assemblée nationale, ce qui aurait rendu encore plus difficile la recherche de solutions susceptibles de réunir une majorité au Parlement.

Daniel Boy soulève la question de savoir si un parti écologiste peut encore jouer un rôle politique. Après le score historiquement bas d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) aux élections européennes (5,5 %), le parti a réussi à obtenir plus de sièges à l'Assemblée nationale par rapport à 2022, ce qu'il considère comme un signe positif à cet égard.

Martial Foucault et Pascal Perrineau posent la question de savoir comment le système politique français va évoluer. Martial Foucault suppose que le débat sur l'introduction d'un scrutin proportionnel va maintenant reprendre de plus belle. Pascal Perrineau pense qu'en l'absence de majorité claire, la formation d'un gouvernement stable sera très compliquée et que le nouveau gouvernement sera surtout occupé à gérer les "affaires courantes" du pays.

La courte analyse Décryptage des résultats au lendemain du 7 juillet 2024 sur le site de Science Po

Le Rassemblement National peut espérer exercer le pouvoir

Antoine Jardin, politologue et co-directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès, estime que le RN sera à l'avenir le centre de gravité de la vie politique française.

Tant aux élections européennes qu'aux élections législatives, le parti a réussi à obtenir ses meilleurs résultats depuis sa création. Avec 30 sièges, le RN représente le plus grand groupe français au Parlement européen, et plus de 10 millions d'électeurs ont voté pour lui au premier tour des élections législatives.Il voit deux raisons au succès croissant du RN :

  1. La stratégie de "dé-diabolisation" du parti menée par Marine Le Pen depuis 2011.
  2. L'affaiblissement progressif de la classe moyenne (surtout celle des membres de ce groupe les moins éduqués et les plus éloignés des grands centres).

Selon l'auteur, l'état actuel des autres partis - les divisions du parti gaulliste Les Républicains, l'éclatement du centre et la reconstitution d'une alliance de gauche - est une conséquence directe de la dynamique actuelle du RN. Si le parti n'a pas obtenu la majorité absolue au second tour, il est parvenu à remodeler en profondeur le paysage politique français, résume Antoine Jardin.

L'analyse Législatives 2024 : l’extrême-droite, nouveau centre de gravité de la vie poltiique française d'Antoine Jardin sur le site internet de la Fondation Jean Jaurès

"Les Français vont avoir la chance de connaitre les joies d'un régime parlementaire"

Jean-Baptiste Soufron, avocat et militant français, a analysé les perspectives politiques à court terme de la France pour la revue La Grande Conversation du think tank progressiste Terra Nova. Il y plaide pour une nouvelle forme de cohabitation.

Celle-ci serait nécessaire car, contrairement au passé, ce ne sont pas deux mais trois blocs qui s'affrontent à l'Assemblée nationale et aucun de ces trois blocs ne dispose d'une majorité absolue. Une coalition entre les partis démocratiques est donc nécessaire et, selon l'auteur, elle aura pour conséquence que le président et le Premier ministre auront moins de pouvoir qu'auparavant.

La limitation temporaire du pouvoir des exécutifs permettra au pouvoir législatif de jouer un rôle plus important. Pour régler les questions parlementaires, les députés nouvellement élus se réuniront bientôt pour élire un président de l'Assemblée nationale et les participants aux commissions . L'auteur estime que l'attribution de ces postes est plus importante que la personnalité du prochain Premier ministre. L'attribution des différents postes parlementaires prendra probablement plus de temps, car la recherche du meilleur compromis possible pour tous est laborieuse, mais nécessaire pour éviter l'instabilité. L'auteur espère qu'à cette occasion, les députés se mettront d'accord sur la manière dont ils souhaitent organiser ensemble la prochaine législature de manière constructive.

En effet, selon Soufron, toute forme d'instabilité ne ferait que renforcer à long terme le RN, qui pourrait se présenter comme la seule solution politique.

La courte analyse Pour un régime de cohabitation de coalition sur le site internet de La Grande Conversation

"L'équation est presque insoluble"

Anja Czymmeck et Nele Wissman, les auteures du rapport national sur les élections du bureau de la Konrad-Adenauer-Stiftung à Paris, partent du principe que l'Assemblée nationale ne parviendra guère, même au cours de sa 17e législature, à élaborer des solutions susceptibles de réunir une majorité.

En effet, sans le soutien d'une partie de la gauche, l'alliance de partis Ensemble pour la République, qui soutient le président Macron, ne pourrait pas gouverner, et sans le soutien d'une partie d'Ensemble, le Nouveau Front Populaire (NFP) ne pourrait pas gouverner. Mais jusqu'à présent, les deux parties n'ont guère montré de volonté de compromis ou de collaboration constructive. Le fait qu'il n'y ait pas de culture de la coalition en France s'avère donc à nouveau être un problème.

Selon les auteures, les partis de gauche et le centre politique risquent de s'affronter au cours des trois prochaines années, ouvrant ainsi aux populistes de droite, qui ne sont pas impliqués dans la recherche laborieuse de compromis, la voie qu'ils viennent de leur barrer.

Le rapport national Republikanische Front bremst Rechtsruck in letzter Sekunde aus – 2. Wahlgang in Frankreich sur le site de la Konrad-Adenauer-Stiftung

"Le système électoral majoritaire français déforme les rapports de force"

Adrienne Woltersdorf, directrice du bureau de la Fondation Friedrich Ebert à Paris, souligne dans une interview accordée au journal Internationale Politik und Gesellschaft que le Rassemblement national (RN) et les candidats qui lui sont alliés ont également obtenu 37 % des voix au second tour, soit le taux d'approbation le plus élevé parmi tous les partis, mais qu'ils n'obtiendront que 21 % des sièges à l'Assemblée nationale. Le mode de scrutin majoritaire déforme donc le résultat réel des élections.

Cela crée une frustration chez tous les électeurs : chez ceux du RN, parce que leur parti est régulièrement privé d'une victoire qu'ils estiment méritée par des coalitions préélectorales, et chez tous les autres, parce que, pour éviter ce qu'ils considèrent comme le pire, ils doivent voter pour des candidats qui ne représentent pas leur opinion réelle.

Le débat sur la réforme de la loi électorale sera relancé après les élections, mais Woltersdorff suppose qu'une réforme vers un système proportionnel, déjà annoncée à plusieurs reprises, ne pourra à nouveau pas être mise en œuvre, car la majorité nécessaire à la modification de la Constitution n'est pas réunie.

L'interview Im Mitte-links-Lager gibt es große ideologische Gräben avec Adrienne Woltersdorf, directrice du bureau de la Fondation Friedrich Ebert à Paris, sur le site du journal Internationale Politik und Gesellschaft

Une seule chose est sûre : pendant un an, il ne peut pas y avoir de nouvelles élections

Corinne Deloy, de la Fondation Robert Schuman, estime dans le European Elections monitor qu'il est possible que les forces modérées à l'Assemblée nationale puissent former une coalition, car les représentants de la gauche et de la droite n'excluent pas cette possibilité. Dans ce cas, le RN serait toutefois le principal parti d'opposition et pourrait se présenter comme le garant de la stabilité de l'État en cas d'échec de la coalition.

Comme la Constitution française prévoit que l'Assemblée nationale ne peut pas être dissoute avant un an, les prochaines élections ne pourront avoir lieu qu'à l'été 2025. Si les représentants du peuple ne parviennent pas à former un gouvernement capable d'agir, le système pourrait s'arrêter. Selon Corinne Deloy, cela conduirait à demander à nouveau et de plus en plus au président Emmanuel Macron de démissionner pour mettre fin à la crise du pays.

L'analyse The left-wing forces come out ahead in the French legislative elections but there is no absolute majority par Corinne Deloy sur le site de la Fondation Robert Schuman

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