Deutsch französisches Institut:
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Séminaire européen à Varsovie

« L'histoire nous façonne, même si nous ne la connaissons pas » - Un pays en mutation

Une semaine riche en impressions, en discussions et en rencontres inattendues : dans le cadre de la bourse que leur a octroyée la Fondation Gips-Schüle, 13 jeunes gens et jeunes femmes ont eu l’opportunité de participer au séminaire européen à Varsovie. Depuis 2019, le dfi organise ces voyages d’étude d’une semaine pour le compte de cette fondation, dont le siège est à Stuttgart. Ces voyages permettent de visiter différents pays partenaires de l’Allemagne. Cette année, c’était au tour de la Pologne et de sa capitale Varsovie, voisine orientale de l’Allemagne, de figurer au programme.

Un voyage pour découvrir la Pologne

L’objectif de ces voyages est de mieux connaître le pays, son histoire ainsi que son actualité politique, économique et sociale. Ce séminaire fait ainsi partie des offres du dfi en matière d’éducation politique européenne. Il s’articule autour de discussions et de débats avec des acteurs influents et des personnalités importantes du pays hôte.

 

  • "J’ai trouvé incroyablement précieux d’avoir eu à nouveau l’occasion, si longtemps après l’école, de me consacrer à l’éducation politique et de me replonger vraiment dans le thème de l’Union européenne au sein d’un environnement composé uniquement de personnes intéressées, engagées et sympathiques." *
  • C’est [le séminaire sur l’Europe, SB] une offre formidable et j’ai beaucoup appris pendant cette semaine - sur un grand voisin de l’Allemagne, un pays formidable avec une histoire riche, une culture passionnante et un grand optimisme." *
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Interlocuteur·rice
Susanne Binder

Chargée de projet

+49 7141-9303-36

"L’histoire d’un pays marque les gens, même s’ils ne la connaissent pas"

Cette rencontre en immersion dans le pays, au contact de ses habitants, a montré à maintes reprises toute l’importance que le passé revêt aujourd’hui encore pour la société polonaise. Ainsi, les expériences historiques propres au pays ont resurgi dans quasiment toutes les discussion. Janusz Reiter, premier ambassadeur polonais en Allemagne après la chute du mur, l’a résumé ainsi : « L’histoire d’un pays marque les gens, même s’ils ne la connaissent pas. » Dans notre volonté de comprendre les relations germano-polonaises, nous avons perçu toute la justesse de cette affirmation.

Dans un premier temps, la visite de deux institutions officielles allemandes à Varsovie a fait office de rapide introduction aux relations germano-polonaises actuelles. Après la visite du Goethe Institut de Varsovie, de son département dédié aux cours de langue allemande et de sa bibliothèque, la visite de l’ambassade d’Allemagne à Varsovie a donné un aperçu du regard allemand « officiel » sur la Pologne d’aujourd’hui. L’invitation surprise de l’ambassadeur à la « Nuit de l’unité allemande » a été pour le groupe une expérience inédite qui lui a permis de découvrir les coulisses du « monde diplomatique »

Parmi les autres rendez-vous officiels, citons la visite du Parlement polonais, le Sejm, et l’échange avec Dorota Łoboda, députée de la Plateforme citoyenne au Parlement, ainsi qu’une discussion au sein du Conseil municipal de Varsovie, à laquelle la conseillère municipale Agata Diduszko-Zyglewska nous avait conviés au 20e étage du Palais de la Culture. À chaque fois, les étudiants ont rencontré des femmes très engagées. Les thèmes abordés ont touché d’une part le système éducatif et d’autre part le développement de la ville de Varsovie face à l’adaptation au changement climatique, au tourisme et au développement des infrastructures.

Par ailleurs, les échanges approfondis avec des représentantes de la société civile polonaise ont permis de mieux comprendre les relations parfois difficiles qu’entretient la Pologne avec l’UE. Ewelina Górecka, présidente de la Fondation Robert Schuman en Pologne, a souligné que, bien que près de 80 % des Polonais demeurent pro-européens, des campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux encouragent l’expression de voix critiques sur l’Europe parmi les 17-24 ans, comme c’est également le cas dans de nombreux autres pays de l’UE. La lutte contre ces campagnes et la recherche d’autres moyens pour atteindre les jeunes sont ce à quoi s’attellent de nombreuses organisations et institutions. C’est la mission que se donne également la presse, comme l’a souligné Bartosz T. Wieliński, rédacteur en chef adjoint du quotidien libéral Gazeta Wyborcza, lors d’un entretien. Il a en outre abondamment évoqué les difficultés auxquelles la rédaction a été confrontée face à l’attitude autoritaire du gouvernement PiS à l’égard des médias d’opposition.
 

  • « … On pouvait également le ressentir chez Bartosz Wieliński, de la Gazeta Wyborcza. J’ai définitivement ressenti cette passion pour la défense de la démocratie et j’essaierai de la conserver aussi longtemps que possible. (…) Les statistiques qui montrent les préjugés et les opinions des Allemands envers les Polonais et vice versa étaient toutefois déprimantes. Tout comme l’effet de la propagande du parti PiS ... » *

Un pays polarisé en pleine mutation

Encore une fois, la question de la cohésion sociale dans un climat politique et avec une opinion publique toujours davantage polarisés était au cœur des échanges avec Urszula Karaś, qui a présenté les résultats d’une étude représentative sur la jeunesse réalisée au printemps 2025 pour l’ONG « More in Common ». La tranche d’âge des 18-29 ans est la première génération à avoir connu la Pologne uniquement comme membre de l’Union européenne. Elle n’a donc pas fait l’expérience de vivre elle-même sous un système totalitaire. Malgré cela, une majorité de personnes interrogées s’est montrée désabusée et a déclaré ne plus attendre aucun soutien de la part des politiques. Cela les conduit à ne se tourner spontanément ni vers le parti libéral, ni vers le parti conservateur, et à s’intéresser plutôt aux franges radicales de gauche et de droite – un phénomène que l’on retrouve dans de nombreux pays européens.

Le baromètre germano-polonais arrive à des conclusions similaires. Cette enquête, menée régulièrement depuis 20 ans par l’Institut allemand de Pologne (DPI) à Darmstadt, entre autres, porte sur les perceptions germano-polonaises. La directrice adjointe du DPI, Agnieszka Łada-Konefał, a expliqué les conclusions intéressantes que peut fournir une étude comparative de séries chronologiques. Alors que les Polonais interrogés ont aujourd’hui à nouveau une majorité à associer à l’Allemagne des références historiques, les Allemands sont quant à eux plus enclins à citer le plus souvent le tourisme et la culture. Malgré tout, l’étude montre également qu’une majorité évalue comme globalement positives les relations entre les deux pays.

  • "Ce qui m'a le plus surpris pendant le séminaire sur l’Europe, c'est le peu que je savais personnellement sur la Pologne, ses conditions sociales et ses événements politiques de ces dernières années. En revanche, j'ai été frappé par la bonne connaissance que la plupart de nos interlocuteurs avaient de l'Allemagne et par la perfection et l'absence d'accent de certains d'entre eux lorsqu'ils parlaient allemand. J'ai donc eu l'impression qu'il existait un déséquilibre flagrant entre l'importance accordée aux relations germano-polonaises par les deux sociétés." *

Autre source d’espoir, ce sentiment principalement positif s’est aussi dans les discussions avec les représentants de la Chambre de commerce extérieure à Varsovie. Anna Kowalczyk et Christopher Fuß ont rendu compte de la situation économique positive du pays et de son évolution favorable, puisque la Pologne relève avec succès les défis de la transition. À cet égard, le développement de relations économiques étroites avec l’Allemagne s’est révélé passionnant et parfois surprenant. La Pologne n’est donc plus du tout « l’atelier exclavé », elle qui est devenue depuis longtemps un partenaire à part entière important de l’économie allemande. En effet, l’économie polonaise se développe beaucoup plus rapidement et connaît une croissance plus forte que celle de l’Allemagne. Cette situation dynamique a pour conséquence que la Pologne n’est plus un pays d’émigration depuis 2016, mais qu’elle enregistre au contraire de nombreux immigrants et rapatriés.

Cette dynamique entrepreneuriale, le groupe a pu la constater sur le terrain lors de la visite d’une reprise polonaise. Kacper Koniarski, cofondateur et directeur technique de Nevomo GmbH, une entreprise qui mène des recherches sur la technologie magnétique dans le domaine du transport ferroviaire et qui connaît une forte expansion depuis sa création, a expliqué aux participants allemands que le transport ferroviaire n’est pas nécessairement synonyme de crise et de retards. La technologie innovante qu’il a développée, pour faire des conteneurs et wagons de marchandises des véhicules autonomes, est déjà utilisée en Allemagne dans le domaine de la logistique, par exemple dans le port de Brême pour le transbordement des navires vers le rail.

Entre passé et avenir

Autre thème qui a sans cesse refait surface tout au long de ce séminaire, c’est, outre la persistance du passé, l’importance du rôle des femmes dans la société polonaise. En effet, la Pologne a été le premier pays européen à dépénaliser l’avortement sous certaines conditions en 1932. Or le sujet de l’interruption de grossesse est aujourd’hui à nouveau très controversé dans la société. Le conflit culturel attisé par le gouvernement national-conservateur PiS, qui a été battu aux élections, a conduit après la chute du communisme à criminaliser à nouveau l’avortement, ce qui a engendré en retour de grandes manifestations dans tout le pays. C’est notamment lors d’un entretien avec Małgorzata Kopka Piątek, membre du comité directeur et collaboratrice scientifique principale à l’Institute of Public Affairs, que l’importance sociale de ce thème a été soulignée. Elle a d’une part relayé la position intransigeante de l’Église catholique. À cela s’oppose d’autre part une pratique plus libérale, qui a également été mise en œuvre en Pologne par le régime communiste.

Et c’est ainsi qu’inévitablement, ce thème a fait resurgir une nouvelle fois la relation au passé. Pendant le « troisième partage de la Pologne », qui a scellé la partition et l’occupation permanente du pays durant 123 ans, de 1795 à 1918, par la Prusse, la Russie et l’Autriche-Hongrie, l’Église polonaise était considérée comme la garante de la préservation de la langue et des traditions polonaises, et donc, en fin de compte, de la conscience nationale polonaise. Si l’on ajoute à cela le rôle historique que son chef spirituel, le pape Jean-Paul II, « pape polonais » et archevêque de Cracovie, a joué dans la chute du communisme dans les années 1980, il en résulte que l’Église catholique polonaise revendique aujourd’hui encore un rôle particulier sur le plan social et politique. Dans le même temps, on observe, en particulier dans les grandes villes polonaises, des évolutions similaires à celles qui caractérisent les relations entre la religion, l’Église et la population dans d’autres pays européens. La discussion avec Maryna Czapliński, qui a présenté le « Club de l’Intelligentsia Catholique », a bien illustré l’évolution des rapports entre les organisations catholiques d’apostolat laïc et l’Église officielle en Pologne.

Si cela était encore nécessaire, les visites dans deux musées de Varsovie ont à nouveau clairement montré l’importance du passé dans l’identité polonaise. Au Musée de l’Insurrection de Varsovie, les participants ont pu constater avec quel courage et quelle détermination la population s’est opposée à l’occupation allemande en 1944 – et quel prix élevé elle avait dû payer pour cela. Le Musée de l’histoire des Juifs polonais, qui documente non seulement la vie juive en Pologne avant l’Holocauste, mais aussi les profondes blessures laissées par la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, a également fait forte impression.

Malgré toutes les difficultés du passé, malgré la menace réelle que représente la Russie, c’est l’optimisme et la confiance qui ont prévalu chez tous les interlocuteurs et qui ont particulièrement impressionné le groupe d’étudiants. L’ouverture et l’indépendance d’esprit des intervenants ont non seulement permis l’échange d’informations, mais ont également fait de ce voyage d’étude une expérience personnelle pour tous les participants, qui ont ainsi pris davantage conscience de leur appartenance commune à l’Europe. Dans ce contexte, la rencontre avec le Kreisauer Kreis et son représentant, Tomasz Skonieczny, a revêtu une importance particulière. Le directeur adjoint de l’Académie européenne de la Fondation Kreisau pour l’entente européenne a expliqué de manière claire comment le passé et l’avenir sont aujourd’hui indissociables l’un de l’autre en Europe. Le domaine de Kreisau en Silésie, siège historique de la famille von Moltke active dans la résistance contre le régime nazi, sert aujourd’hui de centre de rencontre pour les jeunes. Les instigateurs à l’origine de ce projet ne se sont pas donné une mission strictement limitée au cadre germano-polonais, ils ont avant tout voulu que tous les visiteurs se sentent de jeunes Européens. Enfin, Skonieczny a expliqué les stratégies et les approches visant à accompagner la jeune génération dans son appropriation d’un passé européen commun. Il a évoqué entre autres le manuel d’histoire germano-polonais, qui revêt ici une importance capitale, ce qui a naturellement trouvé un écho favorable auprès des représentants du dfi

  • « Je vous suis très reconnaissant de m’avoir donné cette formidable opportunité de participer au séminaire sur l’Europe ! L’organisation était vraiment remarquable et j’ai pu me faire une idée de la politique et de la réalité du quotidien en Pologne, ce qui m’a permis de mieux comprendre le pays et m’a donné matière à réfléchir. » *

Pour conclure, saluons particulièrement la fondation Gips-Schüle qui, avec le séminaire européen, développe, finance et promeut depuis de nombreuses années un instrument de formation politique européenne à long terme, qui permet aux jeunes boursiers et boursières y participant de se faire leurs propres impressions et de rencontrer d’autres Européens. C’est une manière de rendre tangibles les différences et les points communs, de transmettre autrement les problématiques et la diversité des perspectives, et de contribuer à élargir les horizons personnels

 

*Citations issues d'un questionnaire réalisé auprès des participants au séminaire

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