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Ludwigsburg
Série de conférences du dfi en coopération avec la vhs

« On a rarement vu autant de crises »

Conférence de Henrik Uterwedde sur les relations franco-allemandes

Le professeur Henrik Uterwedde (qui a travaillé au dfi de 1974 à sa retraite en 2014 comme membre permanent puis collaborateur indépendant, et qui en a été le directeur adjoint de 1998 à 2014) a tenu une conférence sur la « crise des relations franco-allemandes » le 21 janvier 2025 au Kulturzentrum de Ludwigsbourg. La coopération bilatérale et les difficultés auxquelles elle fait face ont été au cœur du sujet. Le conférencier a entrepris de replacer cette coopération dans son évolution historique, avant de tracer des perspectives pour son avenir.

Uterwedde a commencé par rappeler que le rapprochement franco-allemand après la Seconde Guerre mondiale avait déjà commencé avant la signature du traité de l'Élysée en 1963, et ce au niveau de la société civile. Selon lui, cette société civile reste un fondement important du partenariat politique entre les deux pays. La coopération entre les deux gouvernements a été l'un des piliers de l'intégration européenne, de la CECA à la gestion commune de la crise du covid-19 en passant par l’union douanière et monétaire. Dans ce contexte, les succès de l'UE, en particulier dans un passé proche, sont trop souvent minimisés voire dénigrés, comme par exemple le programme NextGenerationEurope, qui a stabilisé l'économie en Europe pendant et après la crise covid.

Il n'est « pas nouveau », selon Uterwedde, que les deux pays aient des intérêts divergents du fait de leurs situations respectives. Il ajoute que l'Allemagne et la France ont souvent montré par le passé qu'elles pouvaient coopérer en tenant compte de leurs différences respectives, tout en recherchant l'intérêt général de l'Europe. À cette époque, il y avait en ce sens une réelle volonté politique de part et d’autre et des gouvernements forts qui pouvaient imposer des compromis au niveau européen et national. Il a cité l'exemple de l'union douanière, sur laquelle l'Allemagne, déjà plus orientée à l'époque vers l'exportation de ses produits industriels, et la France, qui voulait protéger son industrie encore jeune, ont d'abord adopté des positions très éloignées.

Mais le « réflexe de concertation » avec le pays partenaire, qui auparavant se produisait lors de chaque prise de décision au niveau européen, s'affaiblit de plus en plus de part et d'autre. En parallèle, la volonté de mettre en place et d’accepter des compromis s'atténue. Cela est dû également au changement de paradigme global et aux nombreuses crises qui ont affecté l'Union européenne et l'ont mise face à de nouveaux défis. Dans ce contexte, Uterwedde a mentionné entre autres l'expansion de l'UE et des situations exceptionnelles telles que l'apparition de la pandémie de covid-19 ou l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Du fait de l’instabilité des gouvernements, comme c’est le cas actuellement en Allemagne et en France, ainsi que la montée concomitante des extrémismes populistes et nationalistes dans de nombreux pays de l’UE, les réformes nécessaires de cette dernière ne sont pas à l’ordre du jour. Selon lui, l'attitude de plus en plus rigoriste des partis et des gouvernements, même modérés, ne fait que rendre cette situation encore plus compliquée, et la recherche de compromis européens extrêmement difficile.

Dans ce contexte, les tensions entre la France et l'Allemagne se sont accentuées ces dernières années sur certains sujets européens. L'Allemagne et la France ne font même plus d’efforts pour se concerter sur les négociations actuelles des accords de libre-échange avec le MERCOSUR. Les projets d'armement communs provoquent régulièrement des désaccords. Du côté français, on note négativement que l'Allemagne achète des équipements militaires aux États-Unis ou en Israël au lieu d'attendre le développement d'un produit européen commun. En matière de politique énergétique, Uterwedde estime qu’il est vain de pousser la France à sortir du nucléaire. C’est pourquoi il plaide pour l'acceptation de différentes approches dans ce domaine.

Face à ces nombreux défis, Henrik Uterwedde a posé la question suivante : « Que veulent les

citoyens ? » En s'appuyant sur différents sondages, il a montré qu'une grande majorité d'entre eux souhaitent une UE plus forte et sont conscients que tous les problèmes ne peuvent pas être résolus au niveau national. Une sortie de l'UE n'est susceptible de réunir une majorité dans aucun de ses États membres. Cela contribue à préserver la confiance en l'avenir. En ce qui concerne le futur de l'UE, il existe un contraste entre l'optimisme des Allemands (64 %) et la vision nettement pessimiste (53 %) des Français. Un sondage réalisé auprès de jeunes Allemands et Français a par ailleurs révélé que plus la position sociale des personnes interrogées est basse, plus le pessimisme quant à l'avenir de la coopération franco-allemande est fort.

Pour Uterwedde, il subsiste une lueur d’espoir en ce qu'environ 500 000 personnes en Allemagne et en France continuent d’être actives dans d'innombrables réseaux franco-allemands de la société civile. Cette société civile franco-allemande diversifiée pourrait être un fondement pour une société civile européenne. Uterwedde a conclu son intervention par la célèbre citation de Jean Monnet : « Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes ».

En coopération avec la Volkshochschule de Ludwigsburg

Henrik Uterwedde pendant son intervention © dfi
Henrik Uterwedde pendant son intervention © dfi
Henrik Uterwedde pendant son intervention
Henrik Uterwedde pendant son intervention
De d.à.g. : Dr. Gabriele Denk (vhs), Henrik Uterwedde, Martin Villinger
De d.à.g. : Dr. Gabriele Denk (vhs), Henrik Uterwedde, Martin Villinger
Dr. Gabriele Denk (vhs) et Henrik Uterwedde
Dr. Gabriele Denk (vhs) et Henrik Uterwedde
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