Le point de départ fut le massacre d'Oradour-sur-Glane, perpétré le 10 juin 1944 par des soldats de la Waffen-SS dans le village français, au cours duquel près de 650 civils, dont de nombreuses femmes et enfants, furent assassinés.
En mars 1945, Charles de Gaulle s'est rendu dans le village détruit et a déclaré qu'Oradour était le symbole de ce qui avait été fait au pays dans son ensemble pendant l'occupation de 1940 à 1944. Conformément à sa volonté, les ruines furent laissées en l'état pour mémoire et un nouveau village nommé Oradour-sur-Glane fut construit à proximité immédiate. A cet effet, l'ensemble du territoire de l'ancien village devint propriété de l'Etat et les anciens propriétaires furent indemnisés. De Gaulle promit aux survivants des victimes de punir les coupables.
En 1953, 21 soldats impliqués dans le massacre furent effectivement condamnés lors du premier procès d'Oradour à Bordeaux. Une tempête de protestations s'éleva cependant en Alsace, car 14 des condamnés avaient été contraints, en tant qu'Alsaciens, de servir dans l'armée allemande et devaient donc être considérés comme des victimes. Pour apaiser la situation, 13 de ces Alsaciens ont été amnistiés, le 14ème, qui s'était porté volontaire pour la Waffen SS, et les autres accusés n'ont pas reçu de peines substantielles.
L'issue du procès a provoqué une grande amertume chez les survivants des victimes, qui s'étaient entre-temps regroupés en une association d'intérêts. Désormais, la devise « pas de réconciliation sans justice » s'appliquait à eux, et la revendication de la punition des coupables restait centrale pour eux.
Dans le processus de rapprochement franco-allemand qui a débuté à la fin des années 1950, les services officiels des deux côtés ne se sont tout d'abord pas efforcés d'aborder le crime. « La réconciliation a fait l'impasse sur des douleurs plus récentes », explique Andrea Erkenbrecher.
Le manque évident d'engagement à traduire en justice les responsables du massacre a eu pour conséquence que tant l'association des survivants que la commune d'Oradour ont refusé toute participation aux gestes officiels de réconciliation.
Un rapprochement au niveau de la société civile a commencé au début des années 1980, notamment grâce à l'engagement de Vinzenz Kremp. Chaque été, celui-ci entretenait avec des jeunes des tombes de guerre allemandes en France et visitait avec eux les ruines d'Oradour. C'est ainsi qu'est né le contact avec le curé local, qui a soutenu les efforts de Kremp en faveur de la réconciliation et a été décoré de la Croix fédérale du mérite en 1986. L'association des survivants et la commune d'Oradour ont certes toléré les activités franco-allemandes de la très active paroisse du village, mais les ont officiellement ignorées.
Pour illustrer le fait que la commune n'était pas prête, même à cette époque, à accepter les gestes officiels de réconciliation allemands à Oradour même, Erkenbrecher a cité un dépôt de gerbe le 10 juin 2004 à Oradour par Heidemarie Wieczorek-Zeul, alors députée fédérale et vice-présidente du SPD, qui n'a pas été communiqué publiquement et dont on ne se souvient pas publiquement. Le principe « tant que le massacre n'est pas reconnu, nous ne reconnaissons pas la réconciliation » a continué à s'appliquer.
Un changement dans la politique de la commune s'est amorcé avec l'élection de Raymond Frugier comme maire d'Oradour en 1995. En 2004, la commune a accueilli pour la première fois une délégation de la région Alsace à l'occasion d'une messe célébrée conjointement par les évêques de Strasbourg et de Limoges. La même année, le chancelier allemand de l'époque, M. Schröder, a longuement rendu hommage aux victimes d'Oradour-sur-Glane lors des célébrations du 60e anniversaire du débarquement allié en Normandie, ce qui a été perçu positivement dans la commune.
Ce n'est qu'en 2013, après un travail préparatoire du maire d'Oradour et à l'initiative du président de l'époque, François Hollande, que le président allemand de l'époque, Joachim Gauck, a été reçu à Oradour avec le président français François Hollande. L'association des survivants était désormais également prête à soutenir cette démarche. Le discours que Joachim Gauck y a tenu n'était pas centré sur le pardon, mais sur la reconnaissance de la culpabilité. Le président fédéral répondait ainsi au souhait des habitants d'Oradour et des survivants de ne pas laisser tomber dans l'oubli les souffrances et la mort des personnes assassinées.
81 ans après le massacre, Andrea Erkenbrecher estime qu'une forme de réconciliation, certes rare mais d'autant plus précieuse, s'est développée au fil des décennies.
Elle estime que le pacte d'amitié conclu l'année dernière entre Oradour-sur-Glane et la ville de Hersbruck est un signe encourageant. La réconciliation a lieu aujourd'hui au sein de la petite génération, ce qui montre qu'un avenir commun peut naître du souvenir de ce chapitre sombre.
Erkenbrecher a conclu son exposé par la phrase suivante : « Les relations ne prouvent leur valeur que lorsque le beau temps est terminé », illustrant ainsi de manière impressionnante que la réconciliation n'est pas un moment, mais un processus de longue haleine, souvent douloureux.




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