Dans les années 60 et 70, des mouvements féministes ont vu le jour : ils ont d'abord milité en premier lieu pour le droit à l'avortement et pour l'accès gratuit aux moyens de contraception. A cette époque, la thématisation publique de la violence envers les femmes n'allait pas de soi. Ce n'est que progressivement que le débat public s’est emparé du sujet pour lui donner une audience plus large.
L'intervention de Julia Spohr s'est articulée en deux parties : dans un premier temps, elle a expliqué comment, dans les années 70, le thème de la violence conjugale à l'encontre des femmes a fait irruption dans le débat public. Ce faisant, elle a mis l'accent sur les mouvements féministes et sur les aspects politiques et médiatiques. Dans les centres destinés aux femmes, des groupes de prise de conscience ont vu le jour : ils ont constitué des lieux centraux pour constituer des réseaux et échanger des informations au sein des mouvements féministes. Au milieu des années 70, les premières maisons d'accueil pour femmes ont été créées en Allemagne et en France. Dans les deux pays, les initiatives des mouvements féministes autonomes ont été déterminantes dans cette avancée, et selon Julia Spohr, seule leur synergie avec la politique et l'opinion publique a permis la création de structures d'aide.
En Allemagne, le premier foyer pour femmes a été ouvert en 1976 à Berlin-Ouest. Comme les dons ne suffisaient pas pour le financer, une certaine institutionnalisation s’est avérée nécessaire, mais le Sénat s’y est tout d'abord opposé. Grâce au travail d'information incessant des féministes et des médias qui en ont parlé sans relâche, ce foyer pour femmes est resté au centre de l'attention, si bien que la municipalité de Berlin-Ouest s'est finalement résolue à accorder un financement temporaire à cet établissement. La ville de Berlin-Ouest et l'État fédéral s’en sont partagé les coûts. Dans les années qui ont suivi, d'autres foyers pour femmes ont été ouverts sur l’ensemble du territoire allemand. En France, l'organisation SOS Femmes Alternative a mis en place en 1975 une ligne d’écoute et a ouvert en 1978 la première maison d'accueil pour femmes, après avoir reçu des garanties de subventions de l'État.
Dans un second temps, Julia Spohr a évoqué l'institutionnalisation des mouvements féministes dans les années 1980 et s’est penchée sur la période suivant l'ouverture des premiers foyers pour femmes. A cette époque, les hommes et femmes politiques avaient entendu les revendications des féministes, sans toutefois les reprendre entièrement à leur compte. Ils ont plutôt adapté les thèmes féministes à leur cadre d'interprétation. Contrairement aux féministes, ils n'attribuaient pas fondamentalement la violence envers les femmes au patriarcat. En s’appuyant sur une étude de cas, Julia Spohr a montré que, si l’on compare la France et l’Allemagne, la valeur de la famille a joué un rôle beaucoup plus important dans le débat ouest-allemand sur la violence envers les femmes qu'en France.
En Allemagne de l'Ouest, l’on était très réticent à intervenir dans la famille et donc dans la sphère privée, comme l'ont montré les débats sur la pénalisation du viol conjugal et la volonté du gouvernement de financer des projets féministes. D’ailleurs, l'un des objectifs des foyers pour femmes ayant des financements extérieurs, souvent par les églises, était de réunir les familles en coopérant avec les maris. Cela a suscité des critiques de la part des mouvements féministes. En Allemagne de l'Ouest, la ligne de conflit opposant autonomie et institutionnalisation était donc nettement plus marquée qu’en France.
Dans les deux pays, le financement des maisons de femmes n'était par le passé pas suffisamment garanti et il ne l’est toujours pas davantage à l’heure actuelle. Lors de la discussion qui a suivi la conférence, le parallèle a donc été fait avec la situation présente afin d’appréhender et de situer les défis actuels dans un contexte historique.



