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Ludwigsburg
Série de conférences du dfi en coopération avec la vhs

« Comme s’il n’y avait pas assez de Français! »

Le 26 mars, le couple de professeurs franco-allemands Minuth a présenté son livre « Comme s’il n’y avait pas assez de Français! ! », publié en 2023, devant un public d’une quarantaine de personnes au centre culturel de Ludwigsburg. L’ouvrage retrace le destin de familles franco-allemandes en Allemagne et en France dans la période d'après-guerre, de 1945 à 1963.

Christian Minuth a introduit cet événement organisé en collaboration entre le dfi et la vhs de Ludwigsburg dans le cadre des Semaines contre le racisme de Ludwigsburg en replaçant dans son contexte l’après-guerre en France et dans l’Allemagne occupée. À l’époque, de nombreuses personnes devaient surmonter des expériences traumatisantes, le ressentiment envers les Allemands était très répandu en France et, par conséquent, rares étaient ceux qui s’engageaient dans un premier temps en faveur d’un rapprochement ou d’une réconciliation franco-allemande. Outre des hommes d’État tels que Charles de Gaulle ou Konrad Adenauer, qui ont initié l’amitié franco-allemande au niveau politique à la fin des années 1950, il convient également de rendre hommage à l’engagement de ceux qui ont établi des contacts avec le voisin peu après la guerre, que ce soit dans le cadre des premiers partenariats, de programmes d’échange ou encore dans la sphère personnelle. Les points de contact dans la vie quotidienne étaient déjà nombreux pendant et après la guerre : qu’il s’agisse de prisonniers de guerre allemands en France ou de Français qui se trouvaient en Allemagne en tant que travailleurs forcés, prisonniers de guerre ou soldats d’occupation.

Les femmes et les hommes français et allemands qui, à cette époque, ont noué des relations amoureuses, surmontant ainsi les barrières linguistiques et nationales tout en devant faire face au scepticisme et au rejet de leur entourage, étaient au cœur de la seconde partie de la conférence. Sylvie Méron-Minuth a présenté quatre des sept histoires franco-allemandes poignantes qu’elle a recueillies avec son mari pour leur livre.

La première histoire est celle de la Française Mauricette, qui a raconté : « Je suis venue en Allemagne par amour pour mon mari, pour aucune autre raison […]. » Elle avait rencontré son mari Joseph alors qu’il était prisonnier de guerre en France, l’avait épousé en 1949 et avait déménagé avec lui en Allemagne. Elle et son mari n’ont pas perçu de préjugés ou de haine au sein de leur famille ou de la société allemande.

Dans le deuxième récit de vie, Méron-Minuth a souligné que les préjugés envers les Allemands peuvent être dissipés par le contact personnel. Quand Arlette a annoncé à sa famille française qu’elle voulait épouser un Allemand, son père lui a répondu : « Comme s’il n’y avait pas assez de Français. » Sa tante a même dépeint l’Allemand comme un monstre et s’est clairement opposée à la relation d’Arlette. Lors du mariage, cette tante s’est toutefois rapidement transformée en « amie de l’Allemagne ».

En prenant l’exemple du destin d’Alain, Sylvie Méron-Minuth a illustré les défis auxquels était confrontée une famille franco-allemande dans la France d’après-guerre. Alain a grandi dans un village qui excluait sa famille binationale – son père était allemand, sa mère française. La discrimination envers sa mère, parce qu’elle vivait avec un Allemand, et envers lui-même, parce qu’il était l’enfant d’un Allemand, témoignent d’un ressentiment envers l’Allemagne qui, à cette époque, était encore très profondément ancré dans de nombreux endroits en France.

Pour conclure, Méron-Minuth a présenté l’histoire dramatique d’Elisabeth, que lui avait racontée sa petite-fille Sandrine. Après une brève relation avec un soldat français marié à Baden-Baden, Elisabeth a d’abord dû élever seule leur fils commun, Gaston. Alors que Gaston était encore tout petit, elle a épousé le soldat français Serge, avec lequel elle a déménagé quelques années après le mariage dans la région parisienne, où vivait sa famille. Là-bas, elle a subi, avec son fils, considéré comme un « bâtard » par la famille française, un rejet violent qui l’a conduite à la dépression et à l’alcoolisme, puis finalement au suicide. Gaston a ensuite été adopté par Serge et n’a raconté à sa fille Sandrine, alors qu’elle était elle-même enceinte, que le triste destin de sa grand-mère allemande et sa relation difficile avec elle.

À la fin de leur intervention, le couple Minuth a souligné l’importance capitale de la documentation de ces récits de vie de l’après-guerre, car « les voix des témoins directs s’éteignent peu à peu ».

Le livre « Comme s'il n'y avait pas assez de Français !  » a été publié en France en 2023 aux Éditions Maïa ; la traduction allemande, intitulée  „Bring mir bloß keinen Deutschen nach Hause!“ en 2024 aux éditions Springer. 

 

En coopération avec la Volkshochschule de Ludwigsburg et dans le cadre des Semaines contre le racisme organisées à Ludwigsburg par l'initiative Ludwigsburg contre le racisme

Christian Minuth explique la division de l'Allemagne d'après-guerre en zones d'occupation
Christian Minuth explique la division de l'Allemagne d'après-guerre en zones d'occupation
Sylvie Méron-Minuth lit des extraits du rapport de Mauricette
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Christian Minuth présente le thème de la conférence
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Sylvie Méron-Minuth montre où Mauricette a vécu
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Martin Villinger

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